Montpellier : « Manfred », un opéra romantique de Schumann d’après Byron
Article d’archive, publié le 23 novembre 2017. Les informations pratiques qu’il contient datent de cette époque.
Au terme d’une carrière hantée par le
désir d’opéra, Robert Schumann (1810-1856) aborda Manfred pendant son ultime époque créatrice, six ans avant son
internement. Pour la génération romantique, la poésie s’incarnait en Lord Byron (1788-1824)
qui avait fait de sa vie la substance de son œuvre. Lord Byron a 29 ans lorsque
paraît Manfred en 1817. Dans l’Europe
de la culture, la célébrité de sa poésie n’égale que sa sulfureuse réputation.
L’œuvre connaît le succès, elle inspire immédiatement les poètes, comme
Lamartine âgé de 27 ans ou le jeune Hugo de 15 ans.
En 1824, la mort prématurée de Byron fait
de ce poète voyageur et engagé un héros. Ses créations offrent le
moyen de décliner dans tous les arts un propos sur la place de l’homme moderne
dans le monde. Vont s’en inspirer des générations de peintres – dont
Toulouse-Lautrec, Delacroix et Turner – et de musiciens, à commencer par Hector
Berlioz en 1834 avec sa symphonie Harold en Italie. Robert Schumann est le
premier compositeur à s’emparer de Manfred,
il veut composer sur ce poème un théâtre de l’imaginaire. Véritable
appropriation, son remaniement doit, dans son esprit, favoriser une
représentation scénique mais d’une forme nouvelle, non opératique.
Manfred,
de Schumann à Byron
Pour la scénographe Sandra Pocceschi, le personnage de Manfred
peut être considéré comme un double de Byron et de Schumann : « Si les échos biographiques et leur
corollaire cathartique sont dans les deux cas indiscutables - Byron exilé après
un divorce qui a rendu publique sa liaison avec sa demi-sœur Augusta Leigh ;
Schumann au seuil de la folie, rescapé de plusieurs tentatives de suicide et
déjà en proie aux hallucinations acoustiques – le mode de projection/identification
des deux auteurs avec le personnage semble différer : Schumann semble en
complète adhérence avec le Weltschmerz du héros romantique, il s’y projette
corps et âme, sa musique en épouse sincèrement les souffrances ; Byron en
revanche, n’y adhère qu’à moitié, et par le biais d’une écriture non exempte
d’ironie, toujours à la limite de la caricature, met à mal le paradigme du
héros romantique comme pour mieux l’exorciser. Il y a donc au cœur de l’ouvrage
une tension et une contradiction qu’il s’agit, sans parti-pris, de valoriser. »
Dans sa note d’intention, la scénographe s’interroge sur la place à proposer à
Manfred, ce « héros » antipathique : « Aristocrate inutile, narcissique, nombriliste, orgueilleux,
complaisant, et quelque peu mythomane, Manfred ne génère aucune sympathie. (…) Comment
mettre en scène un personnage qui peine à nous émouvoir ? Faut-il renoncer à ce
qu’il touche le spectateur ? »
Un
personnage romantique
La
souffrance de Manfred,
rappelle Sandra Pocceschi, est liée à la
mort d’Astarté, le double féminin idéalisé, et que l’on devine être sa sœur.
Les circonstances de son décès ne sont pas élucidées, mais l’on suppose à mi
dire qu’il s’agit d’un suicide, sanglant, en lien avec un amour défendu.
Manfred se rend - à tort ou à raison - responsable de la perte d’Astarté, mais
sa culpabilité quant au fait d’avoir enfreint le tabou de l’inceste est
discutable. Cet inceste jamais nommé est évoqué. (…) S’agit-il d’une volonté
consciente de la part de Byron de laisser au lecteur le soin de prendre en
charge le discours, d’en combler les manques, de l’amener à s’interroger sur la connaissance, la croyance, la
vérité, et le libre-arbitre ? » Sur la scène de l’Opéra Comédie,
Manfred évoluera dans un périmètre circonscrit, délimité par un cercle tracé
sur le sol du plateau au début de la représentation. Manfred est donc
essentiellement « seul en scène. Ce choix de la scénographie permettra au
personnage principal de convoquer physiquement des personnages du passé : « Astarté, sa jumelle, adolescente, apparition
ne faisant pas corps avec sa voix, et un double de lui-même, plus jeune. Les
interventions des esprits sont traitées sur le mode de l’hallucination
acoustique. (…) Les bruitages valorisent la dimension délirante du personnage. »
Robert Schumann fait partie de la première
génération des romantiques, avec Chopin et Mendelssohn. Issu d’une famille
d’érudits, il réhabilite la poésie en musique qu’il soutient par une écriture
pianistique originale, très symphonique, nécessitant une virtuosité accomplie
et de grands écarts de mains de la part des interprètes. Son œuvre tardive, Manfred, n’est ni une pièce de théâtre,
ni un opéra. Manfred reste une œuvre
originale et presque inclassable dans la production lyrique occidentale, à
découvrir à l’Opéra Comédie pour quatre représentations, du mercredi 29
novembre au dimanche 3 décembre.
Manfred
de Robert Schumann
Poème dramatique en
trois parties de Lord Byron
Opéra Comédie
11 Boulevard Victor Hugo – Montpellier
David Niemann direction musicale
Sandra Pocceschi et Giacomo Strada conception
scénique
Julien Testard Manfred, rôle parlé, Christine Craipeau Génie des airs, Sherri Sassoon-Deschler Génie des eaux, Jean-Philippe Elleouet-Molina Génie de la terre, Ernesto Fuentes Génie du feu, Laurent Sérou, Xin Wang, Jean-Claude Pacull
et Albert Alcaraz Quatre esprits, Véronique
Parize, Charles Alvez da Cruz un
Chasseur.
Chœur Opéra national Montpellier Occitanie
Noëlle Gény chef de chœur
Orchestre national Montpellier Occitanie
Coproduction Opéra Orchestre national Montpellier Occitanie, Philharmonie de Paris et Orchestre de chambre
de Paris
Mercredi
29 novembre à 20 heures, vendredi 1er décembre à 20 heures, samedi 2 décembre à
20 heures, dimanche 3 décembre à 15 heures
Tarifs :
15 à 50 euros
Réservation - Billetterie Opéra Comédie:
+ 33 (0) 4 67 60 19 99
www.opera-orchestre-montpellier.fr
Rencontre
avec les artistes à l’issue de la représentation du dimanche 3 décembre 2017
Garderie
musicale le dimanche 3 décembre 2017
Pour
approfondir : Samedi 25 novembre à 14 heures, à l'Opéra Comédie, répétition générale de Manfred ouverte au public ; Conférence de Corinne Schneider autour de Manfred samedi 25 novembre à 18h30 à la Salle Molière - Entrée libre dans la limite des places disponibles.
Autre conférence samedi 25 novembre à 11 heures à la Salle Molière : Du
baroque au 20ème, les visages de l'orchestre - Entrée libre dans la limite des places disponibles.
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