Dans la lagune de Thau, l'art et la science unissent leurs forces pour sauver la palourde

Illustration
En bref
- Le projet européen CLAM-EU fête ses trois premiers mois d'existence autour de la lagune de Thau.
- Trois ateliers participatifs (musique et peinture) ont mobilisé plus de 45 personnes depuis septembre.
- Une expérimentation scientifique, Careshell, est actuellement immergée dans la lagune ; ses dispositifs seront récupérés début novembre.
- Objectif du projet : sensibiliser au déclin de la palourde européenne (Ruditapes decussatus) et explorer des pistes de restauration.
- Les ateliers picturaux donneront naissance à huit œuvres présentées lors d'une exposition finale.
Sous la surface de la lagune de Thau, des filets garnis de coquilles d'huîtres broyées attendent leur verdict. Sur la rive, lycéens, pêcheurs et habitants ont appris à faire chanter des coquilles de palourdes sur les cordes d'un piano. Trois mois après son lancement, le projet européen CLAM-EU entre dans une nouvelle phase, à mi-chemin entre recherche scientifique et création artistique.
Porté par l'Université de Montpellier, en partenariat avec l'Ifremer et les artistes Stéphanie Elbaz (pianiste) et Françoise Dagorn (plasticienne), le projet s'inscrit dans le programme européen Horizon Europe – Mission Ocean, via le cadre PartArt4OW. Son objectif : sensibiliser au déclin de la palourde européenne (Ruditapes decussatus), coquillage historiquement associé à la pêche artisanale du bassin de Thau, entre Sète et Mèze, et tester des pistes pour sa restauration.
Une démarche à deux volets
| Volet | Porteurs | Nature des actions | Échéance |
|---|---|---|---|
| Ateliers artistiques participatifs | Stéphanie Elbaz, Françoise Dagorn, lycéens, citoyens, pêcheurs, gestionnaires | Créations musicales et picturales collectives autour de la palourde | Exposition finale (8 œuvres) |
| Expérimentation scientifique Careshell | Ifremer, Lycée de la mer de Sète, Université de Montpellier | Dispositifs immergés sur 3 sites de la lagune, comparaison avec des témoins | Récupération des dispositifs début novembre 2026 |
Les ateliers : transformer les savoirs en matière à création
Depuis septembre, trois ateliers ont réuni plus de 45 participants aux profils variés : élèves et enseignants du Lycée de la mer de Sète, citoyens de différentes générations, pêcheurs, gestionnaires du Syndicat mixte du bassin de Thau, et scientifiques. Les séances ont d'abord porté sur l'histoire de la pêche à la palourde et les évolutions de l'écosystème lagunaire, avant que les participants ne soient invités à traduire ces connaissances en musique et en peinture.
Dans les ateliers musicaux dirigés par Stéphanie Elbaz, les coquilles de palourdes deviennent objets sonores — certaines sont même venues résonner dans les cordes d'un piano — tandis que l'eau elle-même se transforme en instrument : jouée dans des saladiers sonorisés, des verres en cristal ou un whalophone, elle produit une palette de timbres inédits. Musiciens et débutants réunis ont construit ensemble une composition originale consacrée au destin de la palourde dans la lagune. Le morceau démarre par un lever du jour sur l'étang, se poursuit par un chant sur des vers de Rimbaud (Larme, Le Bateau ivre), bascule vers une écriture contemporaine plus sombre évoquant l'inquiétude liée au déclin du coquillage, avant de s'achever sur des rythmes cubains et un refrain multilingue appelant à préserver le vivant, de Thau aux autres lagunes européennes.
En parallèle, les ateliers picturaux animés par Françoise Dagorn s'appuient sur des cartes marines, des publications scientifiques et des documents réglementaires liés à la pêche de la palourde. Peinture, marouflage et intégration de coquilles ou de matériaux issus du milieu lagunaire permettent aux participants de croiser leurs regards et leurs connaissances du territoire. Cette démarche doit aboutir à huit œuvres, présentées lors d'une exposition finale.
« De Thau aux lagunes européennes, un même appel résonne pour préserver le vivant » — extrait du refrain multilingue de la composition musicale créée lors des ateliers.
Careshell : une expérimentation de terrain, résultats attendus en novembre
Parallèlement à cette dynamique artistique, une expérimentation scientifique baptisée Careshell, inspirée d'une méthode développée au Japon, est actuellement menée dans la lagune. Mise en place dès le printemps lors d'une phase préparatoire, elle repose sur des dispositifs déployés sur trois sites de la lagune ainsi qu'une installation dans la colonne d'eau : des filets contenant un substrat à base de coquilles d'huîtres broyées sont comparés à des dispositifs témoins, afin d'évaluer leur capacité à favoriser le recrutement et le développement de la palourde européenne.
Cette expérimentation associe l'Ifremer, le Lycée de la mer de Sète et l'Université de Montpellier, et s'inscrit elle aussi dans une logique participative : les acteurs locaux sont impliqués dans les échanges et l'interprétation des observations. La récupération des dispositifs est programmée début novembre, avant une phase de mesures et d'analyses scientifiques dont les résultats permettront d'évaluer l'intérêt de la méthode pour la lagune de Thau.
Pourquoi ça compte pour le territoire
La lagune de Thau, premier bassin conchylicole de la région, concentre des enjeux économiques, écologiques et patrimoniaux étroitement liés entre eux. En associant pêcheurs, scientifiques, lycéens et citoyens autour d'une même espèce symbolique, CLAM-EU donne à voir, par l'art comme par la science, les transformations en cours d'un écosystème sur lequel vivent et travaillent de nombreux habitants du bassin de Thau.
Infos pratiques
- Porteur du projet
- Université de Montpellier
- Partenaires
- Ifremer, Lycée de la mer de Sète, Syndicat mixte du bassin de Thau
- Financement
- Programme européen Horizon Europe – Mission Ocean (cadre PartArt4OW)
- Zone concernée
- Lagune de Thau
- Prochaine étape
- Récupération des dispositifs scientifiques Careshell début novembre 2026
À retenir
- CLAM-EU est financé par le programme européen Horizon Europe – Mission Ocean, dans le cadre PartArt4OW.
- Le projet associe recherche, création artistique et participation citoyenne autour du déclin de la palourde européenne.
- L'expérimentation scientifique Careshell, inspirée d'une méthode japonaise, est testée sur trois sites de la lagune de Thau.
- Huit œuvres picturales et une composition musicale originale seront présentées lors d'une exposition finale.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la palourde européenne et pourquoi en parle-t-on ?À lire aussi
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