Des chercheurs montpelliérains cartographient pour la première fois les oiseaux marins migrateurs de tout l'Atlantique

La rédaction·
Des chercheurs montpelliérains cartographient pour la première fois les oiseaux marins migrateurs de tout l'Atlantique

En bref

  • Étude publiée le 16 septembre 2026 dans la revue Conservation Letters, menée notamment par Marie-Morgane Rouyer, alors chercheuse au Cefe (Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive, Montpellier)
  • Plus de 13 000 oiseaux appartenant à 44 espèces migratrices suivis grâce à quatre décennies de données
  • Première cartographie de leur répartition sur l'ensemble de l'océan Atlantique, de l'Arctique à l'Antarctique
  • Seulement 7 % de l'Atlantique et 14 % de la densité d'oiseaux suivis couverts par des aires marines protégées
  • Les eaux internationales, tout aussi importantes pour ces espèces, ne sont protégées qu'à hauteur de 1,3 %

Chaque année, certains oiseaux marins parcourent des milliers de kilomètres entre leurs zones de reproduction et leurs zones d'alimentation, traversant des frontières maritimes que la biodiversité, elle, ignore. C'est justement pour suivre ces grands voyageurs à l'échelle d'un océan entier qu'une équipe de recherche, avec la contribution de Marie-Morgane Rouyer — alors rattachée au Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (Cefe) de Montpellier — a compilé l'un des plus vastes jeux de données jamais rassemblés sur le sujet.

Pourquoi cette étude compte

Les oiseaux marins forment le groupe d'oiseaux le plus menacé de la planète, à la fois sur terre, où ils se reproduisent, et en mer, où ils vivent et se nourrissent. Leur sensibilité aux évolutions du milieu marin en fait des indicateurs précieux de l'état de santé des océans. Mieux connaître leurs déplacements est donc une étape clé pour orienter les politiques de conservation, à un moment où les États se sont engagés collectivement à étendre les aires marines protégées (AMP) à 30 % de la surface des océans d'ici 2030 — soit plus du triple de la couverture actuelle — et à mieux protéger les espèces migratrices.

Quatre décennies de suivi, un océan entier passé au crible

En s'appuyant sur des données de suivi accumulées depuis plus de 40 ans, l'étude repose sur l'observation de plus de 13 000 oiseaux marins répartis en 44 espèces de grands migrateurs. Elle cartographie pour la première fois leur distribution spatiale et temporelle sur l'ensemble de l'océan Atlantique et de ses mers adjacentes, de l'Arctique à l'Antarctique.

Ce travail met en évidence des zones d'importance majeure pour ces espèces, certaines essentielles toute l'année, d'autres seulement à certaines saisons :

Type de zoneExemplesPourquoi
Importantes toute l'annéePlateau continental de Patagonie (Atlantique Sud), Grands Bancs de Terre-Neuve (Atlantique Nord)Présence continue de grands migrateurs
Importantes de façon saisonnièreMer Méditerranée, courant de Benguela (au large de la Namibie)Regroupements pour se nourrir ou se reproduire

Ces zones constituent, selon l'étude, des opportunités concrètes pour orienter les futures actions de conservation de la biodiversité marine.

Une protection encore très insuffisante

Le constat de l'étude est net : le réseau actuel d'aires marines protégées couvre mal ces oiseaux hyper mobiles. Seulement 7 % de la surface de l'Atlantique est aujourd'hui protégée par une AMP, et cette couverture ne concerne que moins de 14 % de la densité totale des espèces suivies.

Le déséquilibre est particulièrement marqué du côté des eaux internationales, situées hors de la juridiction des États. Ces zones sont pourtant aussi importantes pour les oiseaux suivis que les eaux nationales, mais elles ne sont couvertes qu'à hauteur de 1,3 % par des aires protégées.

Les chercheurs estiment toutefois qu'une extension stratégique et ciblée du réseau d'AMP — c'est-à-dire concentrée sur les zones identifiées comme prioritaires — pourrait permettre de couvrir jusqu'à deux tiers de la densité des espèces suivies.

Éclairer les négociations internationales sur la biodiversité

Cette étude constitue la première synthèse de données de distribution des oiseaux marins migrateurs à l'échelle de tout l'océan Atlantique. Elle est présentée comme une base de connaissances utile pour plusieurs cadres internationaux en cours de mise en œuvre :

  • la Convention de l'ONU sur la biodiversité, dont les objectifs de protection à 2030 sont directement concernés ;
  • la Convention de l'ONU sur les espèces migratrices, pour l'élaboration de ses plans d'action ;
  • le Traité sur la Haute Mer, qui doit permettre la création d'aires marines protégées dans les eaux internationales, aujourd'hui quasiment dépourvues de protection.

Les auteurs soulignent enfin que la protection de ces espèces, qui traversent les eaux de nombreux pays au cours de leurs migrations, suppose une coopération et une coordination renforcées à l'échelle internationale.

Infos pratiques

Publication
16 septembre 2026
Revue scientifique
Conservation Letters
Titre de l'étude
Highly mobile seabirds reveal areas of conservation importance across the Atlantic Ocean
Institution
Université de Montpellier — Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (Cefe)
Accès à l'étude
doi.org/10.1111/con4.70075

À retenir

  • Première cartographie de la distribution des oiseaux marins migrateurs sur tout l'océan Atlantique, basée sur 13 000 oiseaux et 44 espèces
  • Moins de 14 % de la densité d'espèces suivies se trouve actuellement dans une aire marine protégée
  • Les eaux internationales, cruciales pour ces oiseaux, ne sont protégées qu'à 1,3 %
  • Une extension ciblée des aires protégées pourrait couvrir jusqu'à deux tiers de la densité des espèces suivies

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une aire marine protégée (AMP) ?
C'est une zone de l'océan délimitée dans le but de protéger la biodiversité marine qui s'y trouve, en encadrant ou limitant certaines activités humaines.
Pourquoi les oiseaux marins sont-ils considérés comme menacés ?
Le communiqué indique qu'ils forment le groupe d'oiseaux le plus menacé, à la fois sur terre où ils nichent et en mer où ils vivent et se nourrissent.
Qui a mené cette étude ?
Elle a été conduite par Marie-Morgane Rouyer, alors chercheuse au Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (Cefe) à Montpellier, avec ses co-auteurs, et publiée le 16 septembre 2026 dans la revue Conservation Letters.
Quel est l'objectif international évoqué par l'étude ?
Les pays se sont engagés à porter la couverture des aires marines protégées à 30 % de l'océan d'ici 2030, contre environ un tiers de ce chiffre aujourd'hui.

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