La Traviata / Anger Nantes Opéra © Delphine Perrin

Opéra Comédie, La Traviata de Verdi par Silvia Paoli, une victime de la société

Silvia Paoli transpose La Traviata de Guiseppe Verdi dans un décor de Théâtre, avec dans le rôle principal, Violetta Valéry devenue comédienne. La question de la représentation est au cœur de l’intrigue et la tension sociale est accentuée par la mise en scène.

Violetta se perd dans les tourbillons de la fête, mais l’amour sous les traits d’Alfredo Germont, jeune homme de bonne famille, lui fait abandonner son existence mondaine. Giorgio Germont, le père, garant des valeurs familiales, s’oppose à cette union.

Horrible solitude

Guiseppe Verdi (1813-1901) assista à la représentation parisienne de l’adaptation du roman La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils. A cette période, lui-même subit la pression des conventions sociales, car il vit non maritalement avec Guiseppina Strepponi, une cantatrice – qu’il épousera en 1859. Celle-ci se reconnut dans la vie d’Alphonsine Duplessis, demi-mondaine abandonnée de tous et qui est morte de tuberculose à seulement vingt-trois ans.

Verdi crée La Traviata en 1853 – littéralement « la Dévoyée » ou « l’égarée » -, sur un Livret de Francesco Maria Piave. Le rôle de Violetta Valéry très exigeant est interprété par la soprano Ruzan Mantashyan. Le personnage développe un spectre vocal étendu, demandant de grandes qualités de soprano colorature et dramatique, pour traduire les émotions et l’intensité dramatique.

Dans un Théâtre, au plus près de la fabrique des illusions, Violetta est une comédienne-courtisane de la fin du XIXe siècle, en quête de reconnaissance. La tuberculose dont elle souffre passe au second plan. « La vraie maladie de Violetta, c’est l’horrible solitude qui lui a été imposée et le désespoir d’avoir vu la société entière lui tourner le dos », précise Silvia Paoli qui réalise la mise en scène.

Roderick Cox dirige pour la première fois la partition de ce célèbre opéra à la mélodie inventive. Il souhaite privilégier le sentiment d’intimité jusqu’au retour ultime du prélude.

A l’ouverture, Violetta vêtue d’une chemise blanche danse douloureusement au son de la dualité entre l’amour et de la mort. Au premier tableau, la fête bat son plein, la comédienne est entourée de ballerines et de soupirants. Les danseuses et danseurs échangent costumes et allures genrées, mais au dernier tomber de rideau, c’est bien la société patriarcale qui l’emporte, et piétine Violetta.

Opéra Comédie, La Traviata de Verdi par Silvia Paoli, une victime de la société

Violence sociale

Après la déclaration d’Alfredo Germont – le ténor Omer Kobiljak –, Violetta se ressaisit et proclame sempre libera : « Oui, je dois être libre, folâtrer de joie en joie. Je veux que ma vie se passe à jamais sur les chemins du plaisir. »

Au début de l’Acte II, Violetta a cédé à l’amour sincère d’Alfredo et tous deux vivent à la campagne. Mais Giorgio Germont – Gëzim Myshketa – arrive dans cette paisible retraite, et exige la séparation avec son fils. Leur relation scandaleuse nuit à la réputation de sa famille, et empêche le mariage de sa fille. Dans cet échange, la réalité des rapports de domination éclate. Cette violence sociale est ressentie douloureusement pour Violetta, condamnée au sacrifice.

Silvia Paoli n’est pas convaincue par le personnage de Giorgio Germont, défenseur de l’honneur familial et faisant preuve de compassion. Elle en souligne toute l’hypocrisie garante d’une lâcheté assumée, à l’image de la société corsetée de cette fin du XIXe siècle. Les apparences sont donc sauves dans la lignée de son discours sur la respectabilité, et une prétendue promesse d’héritage spirituel. Violetta quitte Alfredo sans l’informer des raisons de sa rupture. Il le lui fait payer par une humiliation publique.

Au Théâtre, Violetta est toujours à la portée des regards. Le Chœur représente la société. Elle est tolérée mais pas acceptée : « Elle a péniblement gagné son indépendance, rappelle Silvia Paoli, mais elle ne parvient pas à s’affranchir du jugement de la société qui l’entoure, de la bourgeoisie si puissante, patriarcale et bigote. »

Fatma Alilate

La Traviata de Guiseppe Verdi

Opéra Comédie, Montpellier

Créé le 6 mars 1853 à La Fenice de Venise.

Livret de Francesco Maria Piave d’après le roman d’Alexandre Dumas fils, La Dame aux Camélias.

Mise en scène Silvia Paoli

Direction musicale Roderick Cox

Décors Lisetta Buccellato ; Costumes Valeria Donata Bettella, assistante costumes Claudia Furlan ; Lumières Fiammetta Baldiserri ; Assistante à la mise en scène Tecla Gucci ; Chorégraphie Emanuele Rosa

Avec Ruzan Mantashyan (Violetta Valéry), Omer Kobiljak (Alfredo Germont), Gëzim Myshketa (Giorigio Germont), Sung Eun Myung (Gastone), Aurore Ugolin (Flora Bervoix), Séraphine Cotrez (Annina), Yuri Kissin (Baron Douphol), Maurel Endong (Marquis d’Obigny), Thibault de Damas (Docteur Grenvil), Hyoungsub Kim (Guiseppe), Xin Wang (un domestique), Jean-Philippe Elleouët (un commissionnaire)

Danseuses et danseurs : Aura Calarco, Fabio Caputo, Melissa Cosseta, Nicola Manzoni, Armando Rossi

Chœur Opéra national Montpellier Occitanie Orchestre national Montpellier Occitanie

Chanté en italien surtitré en français, 2h30

Photographies : La Traviata / Anger Nantes Opéra © Delphine Perrin