Physical Address
304 North Cardinal St.
Dorchester Center, MA 02124
Physical Address
304 North Cardinal St.
Dorchester Center, MA 02124

Béatrice Carles est journaliste spécialisée dans le tourisme de luxe. Il y a plus de dix ans, elle a quitté la ville de Montpellier, pour s’installer sur la Côte d’Azur, près de Saint-Tropez. Son livre Tout commence au berceau est un témoignage de résilience face aux épreuves. C’est aussi un hymne à la vie. Béatrice Carles souhaite transmettre son enthousiasme, de l’énergie et peut-être du courage à d’autres femmes ou à toutes personnes qui traversent des moments difficiles. Née à Montpellier en 1964, elle est une des toutes premières habitantes de La Paillade. Pendant sa jeunesse, l’école a été son seul horizon.
Fatma Alilate : Vous êtes née à Montpellier, vous avez passé votre enfance, votre adolescence à La Paillade – la grande ZUP de Montpellier -, La Mosson. Vous y avez vécu de 1966 à 1982, c’est bien ces années-là ?
Béatrice Carles : Oui, j’avais deux ans à mon arrivée à La Paillade. Et puis, je suis partie à dix-huit ans. J’ai fait ma scolarité à La Paillade, de l’école au collège Les Escholiers de La Mosson. J’ai grandi dans un environnement dur, parfois rude, où il fallait apprendre très tôt à se défendre. Ça c’est sûr. À avancer, en faisant attention, parce que quand même, même à l’époque, tu ne pouvais pas trop sortir le soir. Je faisais très attention parce que j’étais très scolaire et je ne voulais pas me mêler à des jeunes qui ne travaillaient pas, qui n’étaient pas à l’école. Mais ce que je peux dire, c’est que ça m’a forgée. J’ai grandi à La Paillade, dans le quartier de La Mosson, mais ce n’est pas un endroit uniquement de mauvais souvenirs. C’est aussi un lieu, malgré tout, de rencontres, de solidarité et d’humanité chez les adultes. Je me souviens de ces familles souvent d’origine algérienne qui m’ont ouvert leurs portes, de ma voisine. Il y avait ce partage du couscous, le parfum des tajines, toutes les épices. Ma mère n’était pas une cuisinière. En fait maintenant, j’aime beaucoup tout ce qui est épicé. La cuisine des rues, j’adore ! Ça m’a appris quelque chose d’essentiel. La richesse ne se mesure pas à l’argent, mais à la générosité du cœur. Et très tôt, j’ai compris que la vie serait un combat et qu’il fallait travailler à l’école pour obtenir un niveau scolaire qui allait me sortir de tout ça, de toutes ces épreuves et pour mieux comprendre la vie. C’était un point de départ, je l’explique dans mon livre. J’étais un “cheval perdant”, oui. Dans mon milieu, je n’étais pas destinée à réussir. Parce que grandir dans une cité, c’est très difficile pour s’en sortir parce qu’il faut travailler. Scolairement être toujours au top, et je n’avais pas les livres, on ne me les achetait pas. J’étais très scolaire, c’est ce qui m’a sauvée. Si je n’avais pas été scolaire, si je n’avais pas aimé les livres, lire, je pense que j’aurais été comme certains qui ne faisaient rien, qui étaient dans le parc. Il y avait toujours un parc dans ces cités. Certains discutaient des heures, ne faisaient pas leurs devoirs, ce n’était pas important. Moi, non. Le week-end, je ne sortais pas, je faisais mes devoirs à l’avance.
FA : Et donc votre mère donnait des règles de vie pour rester à la maison, travailler toute seule ?
BC : Ma mère ne s’intéressait pas à ce que je faisais. Je n’ai pas grandi dans l’amour. Et à dix-huit ans, elle m’a mise à la porte. J’écoutais beaucoup les professeurs. A l’école, je comprenais que c’était là, que c’était par les études que j’allais y arriver. Je sentais que c’était par ce chemin. Oui.

FA : Être bonne élève vous donnait un statut, une reconnaissance ?
BC : Oui, je pense que ça m’a apporté une reconnaissance, une valorisation par les notes. Quand tu as des bonnes notes à l’école, tu es fière, tu sais que tu as le respect des autres élèves. J’aimais faire des exposés. Et mon premier exposé, c’était pour le Midi Libre. J’ai gardé la rédaction. J’avais quatorze ans et on m’a demandé d’aller faire un exposé pour le journal Midi Libre. Il y avait à l’époque une petite annexe à La Paillade. Et j’ai toujours conservé la cassette de cet exposé, j’avais eu 19/20. Et puis ensuite, je suis rentrée dans le journalisme par la petite porte, à faire des “chats écrasés”, des faits divers, des sujets simples comme pigiste. Chaque écrit, pour moi, c’était une victoire, une marche gravie. Parce que moi, je venais de loin. Au début, il n’y avait pas ma signature. J’ai commencé tout en bas, sans réseau, avec ma seule volonté. Et puis après, quand il y a eu mon nom, c’était pour moi extraordinaire. J’étais reconnue. Je crois que ma vitalité, mon énergie, c’est ça qui m’a aussi portée et qui a fait que les portes se sont ouvertes. Et chaque chute m’a appris quelque chose. Chaque difficulté a construit la femme que je suis. Je crois que la clé, c’est que plus tu tombes, plus tu as de leçons de vie. Je ne connais pas des gens pour lesquels tout a été linéaire. Je ne connais pas des gens qui n’ont jamais eu de problème. Et avoir eu un parcours difficile peut être une chance, parce que ça te donne des clés. Et ce sont les clés de la persévérance, du courage, de la motivation. Plus tu as de difficultés et plus tu as de clés pour t’en sortir. Bien sûr, il faut de l’énergie. Il ne faut pas se laisser abattre. Je crois que c’est ça qui m’a aidée, je n’ai jamais rien lâché. Et j’ai une force mentale, qui fait que je positive toujours. Il y a toujours à un moment donné une petite lueur, une petite porte qui s’entrouvre.
FA : Depuis votre enfance, vous avez rencontré des gens de différentes conditions. Que pensez-vous du milieu du journalisme ?
BC : C’est quand même chacun pour soi. Il faut faire son trou, il ne faut pas trop compter sur les autres. Il faut compter sur soi. Juste croire que tout est possible si tu te donnes les moyens. Le mot que je bannis le plus, c’est “impossible”. Pour moi, tout a toujours été possible. Dans ma vie de petite fille, lorsque j’étais à La Paillade – je le dis dans le livre -, je me tenais à cette rampe de balcon. Je regardais les étoiles, je me faisais tous les jours une promesse, ne rien lâcher, y arriver : “Quoi qu’il arrive, je ne lâcherai rien, j’y arriverai. J’arriverai à ce que je veux, à réaliser mes rêves.” Et ces rêves, si tu n’y crois pas, il n’y a personne qui va y croire.
FA : À l’âge de cinquante ans, vous avez décidé de quitter Montpellier, notamment en raison d’une séparation difficile.
BC : J’ai été mariée à vingt-sept ans. Pendant cinq ans, j’ai mené un combat pour essayer d’aider mon mari, mais ça n’a pas fonctionné parce qu’il n’avait pas assez de courage, de volonté. Donc j’ai été obligée de le quitter. Et puis, il ne voulait pas que je le quitte. Il m’a mise sous soumission chimique. Donc ça a été compliqué. Il a fallu que je parte avec mon fils qui était le plus jeune. Ça a été dur, très très dur. En fait, je serais restée à Montpellier, mais il fallait que je parte et que je quitte la région. Et je savais qu’à Montpellier, je ne pouvais pas évoluer au niveau de mon travail. Donc, j’ai fait le choix de partir à Cannes. J’ai pu travailler différemment avec des opportunités sur le tourisme de luxe. Et puis ensuite, je me suis dit, le Golfe de Saint-Tropez, rien n’est trop beau pour moi, je pars là-bas. J’ai enfin atteint la sérénité. À chaque fois, mes rêves m’ont emmenée de plus en plus haut. Mais tomber n’est pas un échec. Si je peux transmettre un message, ce serait de ne jamais renoncer, ne laissez personne décider à votre place de ce que vous valez. Tout est possible dans la vie, et on devient fort malgré les épreuves et grâce à elles, peu importe la dureté du départ.
Propos recueillis par Fatma Alilate
Tout commence au berceau de Béatrice Carles, Editions Le Lys bleu, 200 pages.