11 avril 2017 à 14h28 Rencontre avec Benoît Galifer, médecin, chef de service et professeur devenu artiste-peintre par Fatma Alilate

Rencontre avec Benoît Galifer, médecin, chef de service et professeur devenu artiste-peintre

 

BenoîtGalifer (né en 1944) a réussi un parcours de médecine dans lequelil a gravi tous les échelons. Depuis bientôt quatre années, libéré de sesobligations professionnelles, il est revenu à sa première passion, la peinture.Dans son atelier, au quartier Sainte-Anne, il nous reçoit. Ses toiles offrentune vision onirique, les paysages sont une interface entre le ciel et la terreavec des couleurs flamboyantes. Pour Benoît Galifer, peindre se révèle entotale opposition avec ses anciennes activités médicales. La profession dechirurgien l’a contraint pendant des années à une obligation de résultats, dansun environnement professionnel très cadré et rigoureux. Désormais, il seconsacre à la peinture. Il osedes techniques nouvelles, des associations de couleurs. Les toiles oscillent entrela figuration et l’abstraction. Dans l’atelier, on remarque les villesaméricaines qui semblent surgir et raconter une histoire. Benoît Galifer créedes villes anonymes avec des lumières « sonores » et une visionurbaine floue. Ses paysages languedociens invitent à la rêverie, certains sontimposants comme les quatre grandes toiles (1m95 sur 1m35) qui représentent lessaisons.

Vous nous recevez dansvotre atelier, quartier Sainte-Anne à Montpellier. Vous avez exercé commechirurgien, professeur à la faculté de médecine, chef de service. Vos études,vos activités vous ont éloigné de la peinture pendant de nombreuses annéesalors que vous aviez obtenu un Premier Prix de dessin à l’âge de seize ans. Dequelle façon avez-vous pu rester en lien avec la peinture, l’art, pendanttoutes ces décennies ?

BenoîtGalifer : Je peignais quand j’avais quatorze, quinze ans, au contact d’unpeintre local, très connu dans ma ville natale qui est Arles, qui s’appelaitThéo Rigaud (1915-1985). Et c’est lui qui m’avait transmis ce goût de lapeinture, et qui m’avait fait imaginer que je puisse faire une carrière dansles Beaux-Arts. Et puis, ça n’a pas été possible pour des raisons surlesquelles il serait trop long de s’attarder ici. J’ai épousé les étudesmédicales. Et effectivement, ce long parcours qui m’a conduit d’étudiant enmédecine jusqu’à professeur de chirurgie pédiatrique et chef de service m’aéloigné de la peinture. Il y avait une telle exigence d’exclusivité, dedisponibilité, d’excellence que même de façon intermittente, on ne pouvait pasfaire de la peinture sérieusement. Mais j’ai gardé le contact avec l’art par lalecture d’articles, de revues, la fréquentation d’expositions des grands muséesdu monde, puisque mon métier m’a permis de voyager un peu partout. Et je penseque dans ma tête, j’ai continué à peindre.

Vous vous consacrezdésormais à la peinture, que vous apporte cet art ?

BenoîtGalifer : Il m’apporte bien entendu beaucoup de plénitude et de doutes enmême temps. Mais il rend vivant un désir de peinture que j’ai enfoui dans monsubconscient pendant cinquante ans.

Est-ce que votreformation de médecin permet un autre regard sur votre peinture ?

BenoîtGalifer : Je crois que c’est important de faire un parallèle entre lachirurgie que j’ai exercée et la peinture que j’essaie de faire maintenant. Lachirurgie m’a structuré dans le sens contraire de ce que je dois vivremaintenant. Pour moi, la définition de l’art c’est la création, la créationc’est la liberté, la création c’est accepter le risque de l’échec. Ce qui esttotalement impossible dans le cadre d’une chirurgie où l’on est bardé deprincipes de précaution, de responsabilités de moyens et de résultats. Ce quem’a apporté la chirurgie en revanche, c’est je crois la rigueur, l’idée qu’ilfaut finir ce que l’on a débuté. Je ne m’arrêtais pas de faire une interventionau milieu, parce que c’était difficile. Quelle que soit la difficulté, jem’acharne sur un tableau. Je suis incapable de faire deux tableaux à la fois,comme j’étais incapable de faire deux interventions à la fois. Je suis obligéde me déstructurer de tout ce qui a fait ma formation de chirurgien pour peindre.Car il me faut retrouver la liberté, l’idée de faire n’importe quoi face à unetoile blanche. Voilà mais ça m’apporte quelque chose en creux finalement.

Lors d’une précédentevisite de votre atelier, vous m’aviez dit que vous essayez différentestechniques face à la toile. Par exemple, la cuillère.

BenoîtGalifer : Oui. Étant totalement vierge de formation académique, je ne merefuse rien, j’utilise des instruments qui sont détournés : une cuillère,des truelles, des spatules. Et petit à petit avec des appositions de couches decouleurs, j’arrive à dégager le thème d’un tableau. J’associe des couleurs quipeut-être ne devraient pas être associées, je tente tout sur une toile, je n’aiaucun souci, je n’ai pas de responsabilité de résultat, c’est ça qui est trèsimportant.

Est-ce que le dessinest présent dans vos toiles ? Vous qui aviez eu un Premier Prix de dessin.

BenoîtGalifer : Vous avez raison (rires), paradoxalement, il n’est plus présentdans mes toiles. Je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas cultivé le dessin en tantque chirurgien et j’avoue maintenant ne plus savoir bien dessiner. Et de toutefaçon, je peins un peu dans l’urgence. Parce que j’ai un âge certain, je n’aipas vingt ou trente ans de peinture devant moi. Et je veux tout de suitearriver à la toile, de telle sorte que je ne fais pas d’esquisse. Peut-être quej’y reviendrais si je viens à faire du nu, parce que ça nécessite des dessinspréalables que je pourrais peut-être faire car j’ai une bonne connaissance ducorps humain, mais enfin ce n’est pas un thème de ma peinture. Ma peintureactuellement, c’est plutôt des paysages urbains, des paysages marins ou deterre.

Éprouvez-vous du douteface à vos toiles ?

BenoîtGalifer : Alors en permanence, et je n’ai pas honte de le dire. Même si onen éprouvait en tant que chirurgien, ça il ne fallait pas le dire bien entenduparce que de temps en temps, on partait pour des interventions et elles étaientexcessivement dangereuses pour l’enfant, et on n’allait pas dire aux famillesde telles choses. Mais face à une peinture, oui je suis dans le doute.

Dans votre atelier, ily a votre première toile.

BenoîtGalifer : Cette toile que nous voyons maintenant date de novembre 2012. Jel’ai faite cinquante ans après avoir raccroché les pinceaux de gouache, quandj’ai commencé médecine. C’est une nature morte… d’un peintre qui acertainement maturé dans sa tête.

C’est un peintre qui apeint dans sa tête pendant cinquante ans.

BenoîtGalifer : Les dix ou vingt dernières années de ma profession, je me disaistoujours : « Faudra se remettre à peindre. » Et puis j’ai rencontréJean Leccia qui m’a fait venir dans son atelier et qui m’a fait faire quelquesexercices et je lui dois ce redémarrage.

La ville commethématique est très présente dans vos toiles. Ce sont souvent des villes avecune dimension verticale, très forte. Des villes qui font penser aux villes…

BenoîtGalifer : Américaines. J’ai commencé par faire des paysages. Je ne suispas un abstrait mais j’ai été très influencé par Rothko. Cette interfacehorizontale qui constitue un horizon, je l’ai transformée en interface entreles éléments – l’air, l’eau, la terre, le feu. Et donc, il y a toute unepériode de paysages horizontaux. Et puis à un moment donné, j’ai eu envie defaire des tableaux plutôt dans la verticalité et comme j’ai vécu au Canada etaux États-Unis, ça a ressurgi. Ces villes américaines sont très photogéniques.

Ici, c’est la campagnequi est représentée, la campagne proche de Montpellier ?

BenoîtGalifer : Oui, c’est un vignoble du côté de Lansargues. C’est un petit peudifficile de se heurter sur des toiles qui font deux mètres de long sur unmètre trente ou quarante de haut. J’ai fait la même vue aux quatre saisonsdifférentes en modifiant les tonalités de peinture.

Celle-ci avec un cielrose représente le printemps ?

BenoîtGalifer : C’est le printemps.

C’est psychédélique.

BenoîtGalifer : C’est pas tout à fait rose, j’ai voulu indiquer une explosion decouleurs pour différencier de l’été. Les quatre toiles seront présentées côte àcôte. Ça fait quand même huit mètres linéaire et sur un montage d’ordinateur,on voit que ça fonctionne pas mal.

C’est une œuvreintéressante.

BenoîtGalifer : Oui, parce que de toute façon, on fait des progrès avec chaquepeinture. Je m’estime être un « vieux-jeune peintre », puisque çafait trois ans et demi que je peins. Ma peinture, elle est à cheval entre lefiguratif et l’abstrait. Disons que j’essaie de faire une peinture que je qualifieraisd’onirique.

Il y a aussi une visionfloue.

BenoîtGalifer : Oui et c’est peut-être la traduction du défaut de dessin quej’ai maintenant, mais ça fait partie de mon onirisme. Je laisse suffisammentd’oxygène à celui qui va regarder la toile pour qu’il puisse imaginer autrechose que ce que j’ai peint. C’est ce qui m’intéresse dans la peinture, je neveux pas imposer à quelqu’un un sujet.

Je vous remercie.

Proposrecueillis par Fatma Alilate

Blogconsacré à Benoît Galifer, artiste-peintre : www.bengali34.blogspot.com

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