06 mai à 18h03 Montpellier : Le Festival Boutographies présente de nouveaux talents de la photographie par Fatma Alilate

Montpellier : Le Festival Boutographies présente de nouveaux talents de la photographie

 

Mes photos prises à laJungle de Calais avant son démantèlement montrent des gens qui sont dans unesituation terrible, mais ils trouvent la force d’investir pour faire descabanes. Certaines ont coûté quelques milliers d’euros. J’ai souhaité mettre enavant ces personnes qui essaient de reconstituer des lieux de vie, malgré ledésastre du lieu et de leur situation.

CamilleGharbi, photographe – Les Boutographies 2018

LeFestival Boutographies est né il y a dix-sept ans, au quartier Boutonnet, àMontpellier. Il met à l’honneur des talents émergents de la photographie. Pourl’édition 2018, douze photographes sont exposés au Pavillon Populaire, et vingt-huitphotographes présentent leurs créations dans différents lieux de la ville :Gazette Café, Université Paul Valéry, Médiathèque Emile Zola, la Fenêtre, GalerieSaint-Ravy…

Des univers différents

Surles deux niveaux du Pavillon Populaire, les photographes proposent un universpropre. La thématique de Dieter de Lathauwer dénonce l’élimination physique depatients considérés comme incurables, pendant la période nazie. Le titre de lasérie I loved my wife s’inspire d’unfilm de propagande. Dans un tribunal, un accusé dit qu’il aimait sa femme,mais ses propos sont mal traduits et deviennent glaçants : « J’aimais ma femme mais son élimination étaitla seule chose à faire dans l’intérêt de la Nation. » France 98 de Cédric Calandraud a un goût amer. Toutes ces photos defêtes de famille. Des rires, ils dansent, c’est la joie, on trinque devantl’objectif ! Oui… mais, depuis 1998, des drames ont ravagé ces personnes :maladies, décès, chômage… Enfant, Cédric Calandraud prenait des tas dephotographies avec son appareil jetable. Il s’est réapproprié ses photos defamille restées entassées pendant des années. Certains visages sont raturés,notamment au niveau du regard, les moments de joie ne sont plus. Le photographePhilippe Leroux nous invite à Marseille aux côtés de gens de la Méditerranée.Ils s’appellent Slimane, Artak, Alain… Ils racontent l’exil et Marseille. Destextes accompagnent les portraits. Une petite fille à la robe orange plisséemarche sur l’eau. Les Boutographies au-delà de la poésie des images permettent deréfléchir. Camille Gharbi est une des révélations de l’exposition, avec sesphotographies de cabanes blanches : LondonBread, Baloo’s youth center… welcomeà la Jungle de Calais !

Camille Gharbi, pour un autreregard…

Noussommes au printemps 2016, Camille Gharbi vit àParis. Elle se rend à la Jungle de Calais pour participer à du bénévolatassociatif, et là elle reste bouleversée par tant de misère et surtout par cetteforce malgré et contre tout, de ceux qui n’ont plus rien et qui ont fait unpari fou : tout quitter pour l’Angleterre. Elle s’étonne de ces« lieux de vie » reconstitués : boulangeries, écoles, lieux de prière,bibliothèque… Ce qu’elle voit et perçoit ne correspond pas à tous les clichésdiffusés par les médias. En fait, elle assiste à une forme de résilience, unelutte pour un semblant de vie ordinaire. Pour ces cabanes qui seront bientôtdétruites, des migrants ont investi une somme d’argent importante – nombred’entre eux viennent de la classe moyenne, et ils ont fait preuve d’uneétonnante créativité. Les photographies avec un fond blanc paraissent presqueen décalage avec la réalité des conditions de vie de ce « territoire »,et les enseignes en anglais sous forme de graffitis sont là comme des touchesd’espoir. Camille Gharbi a choisi d’extraire ces cabanes de leur environnement :« Ces constructions se tiennent là,devant nous, isolées d’un contexte bruyant. Elles ne parlent plus d’unesituation inextricable, elles ne sont plus le symbole d’une crise mondiale oud’une problématique que l’on ne saurait résoudre. Elles sont là, simplement, etne parlent que pour elles-mêmes. Elles nous interpellent. »1


Lesphotographies de cette nouvelle édition des Boutographies invitent àl’imaginaire, et révèlent des récits, des témoignages, elles interrogent aussi.Au Pavillon Populaire, les espaces se succèdent et permettent l’expression d’universqui peuvent être oniriques, sociaux, historiques, intimes… Le Festival proposeaussi des projections, des rencontres, des expositions, et des Prixpour soutenir les nouveaux talents de la photographie.

Fatma Alilate

Notes :1. En février 2016, le tribunal administratif de Lille valide le principed’évacuation de la zone sud de la Jungle de Calais. Toutefois, en raison des « lieuxde vie » aménagés par les migrants « quileurs sont nécessaires et auxquels ils sont attachés pour des raisonsculturelles notamment », le juge des référés demande que la mesure d’évacuationne porte pas sur ces « lieux de vie ». Considérant cette décision,migrants et associations écrivent sur nombre de cabanes, maisonnettes et autresconstructions l’inscription « lieux de vie ».

LesBoutographies

Le PavillonPopulaire

EsplanadeCharles de Gaulle – Montpellier

Téléphone :+33 (0)4 67 66 13 46

Dumardi au dimanche, de 10 heures à 19 heures – Entrée libre

Jusqu’au dimanche 27 mai2018

www.boutographies.com


La sélection officielle Boutographies 2018: Camille Gharbi, Carlo Lombardi,Cédric Calandraud, Diether de Lathauwer, Florence Iff, Hanna Rast, Lee-MarieSadek, Manon Lanjouère, Patrick Wack, Philippe Leroux, Sandrine Elberg.

Galerie Photos

A Propos de Fatma Alilate