10 juillet à 15h37 Montpellier : « La Chauve-Souris », une opérette d’aujourd’hui pour Folies d’O ! par Fatma Alilate

Montpellier : « La Chauve-Souris », une opérette d’aujourd’hui pour Folies d’O !

 

« LaChauve-Souris »,farce tragique… ou « LaVengeance de la chauve-souris »… Lavengeance de Falke ou la descente aux Enfers d’Eisenstein. Commentune farce devient un véritable cauchemar, un face-à-face violentsur une musique à première vue légère… « LaChauve-Souris » estavant tout une farce. La farce est là, certes, mais elle n’est quele point de départ et le fil conducteur d’une vengeance amère.Falke, avec l’aide de son ami le Prince Orlofsky, revient le tempsd’une soirée, méticuleusement préparée depuis des années, sevenger d’une profonde humiliation vécue il y a plus de dix ans.Eisenstein y perdra beaucoup. 

Benoît Bénichou, metteur en scène

LaChauve-Sourisde JohannStrauss Fils (1825-1899) étaità l’affiche du Festival Folies d’O, du 5 au 7 juillet. Cettecélèbre opérette au rire grinçant a été interprétée par lesplus grands artistes de l’opéra et par des chefs d’orchestre derenom. Dès son installation dans les gradins, le public du Domained’O est emporté dans un tourbillon scénique avec une successionde péripéties qui s’ajoutent à l’intrigue initiale de l’œuvrede Strauss, mais cela peut parfois porter à confusion. C’estd’abord l’entrée d’une spectatrice qui crie et qui est chasséepar la sécurité, elle réapparaît finalement, puis se rend sur leplateau. Tout au long de la soirée, les effets de surpriseaccompagnent l’opérette réactualisée, dont les airsentrainants de la valse sont connus. Noussommes donc à l’Amphithéâtre du Domaine d’O, à Montpellier etnon à Vienne comme le rappellent les personnages, car les textes ontété réadaptés au contexte. Les chanteurs ne portent pas lesvêtements du XIXe, mais des tenues flamboyantes d’aujourd’hui,imprégnées tout de même du kitch des années 80. Le décorse transforme et transpose le bal et la foule dans une boîte de nuitqui pourrait être Le Palace.

LaChauve-Souris, versionFolies d’O

L’œuvrerevisitée a bénéficié de nouveaux textes pour que l’opérettesoit au plus près de l’actualité. L’un des personnagesprincipaux, le séducteur Gabriel von Eisenstein à son arrivéeparmi le public est appelé Monsieur Strauss-Khan… le public rit,surtout quand est évoquée l’affaire de la chambre d’hôtel deNew York. Leprincipe du Festival Folies d’O est de proposer un répertoire augoût du jour. Jérôme Pillement, à la tête de l’Opéra Juniorde Montpellier, est directeur artistique du Festival et chefd’orchestre de cette création. S’il s’agit de la onzièmeédition de Folies d’O, c’est la première fois qu’une opéretteviennoise est proposée. A lamusique de l’œuvre originale ont été ajoutés des extraits debandes originales de films comme LaBoum,et le groupe Museremplace lapolka dans un rythme qui rappelle ACDC. Quand la fête bat son plein,on revoit les chanteurs du Chœur de l’Opéra Orchestre deMontpellier, par leurs tenues, nous pourrions être dans les AnnéesFolles. Mais le monde d’aujourd’hui rattrape l’opérette, lestéléphones portables volent, on fait des selfies, des valises auxcouleurs acidulées vont et viennent sur un plateau dense où sejouent parfois plusieurs saynètes. Quantau ténor, l’amoureux de l’épouse de Von Eisenstein, il restedans son rôle et… on ne l’arrête plus ! Il interprètesans cesse les grands airs de l’opéra, de LaTraviata àCarmen.Le décor très réussi s’inscrit dans une même unité de lieu,des écrans-miroir s’élèvent face au public, car LaChauve-Sourisavec sa légèreté apparente dénonce les travers de notre société.

Uneopérette sur le bal des apparences 

Lapièce tourbillonne dans une bonne humeur et par quelques valses, et elle se teinte aussi de gravité avec une intrigue qui aboutit à lachute de Von Eisenstein ; ce pourrait être une nouvelle deMaupassant où tout semble lisse à première vue. Comme l’indiquele metteur en scène, Benoît Bénichou : « Lethéâtre est omniprésent dans cette œuvre. Il semble évident dene pas écarter cette composante importante dont la plus évidenteest la farce elle-même. Une farce/vengeance organisée. Une piècedans la pièce… Un jeu violent dans une réalité. »La thématique principale est l’hypocrisie de la bonne société,d’hier à aujourd’hui, elle est traversée par les mêmesscandales. Dans cette pièce à plusieurs tiroirs, les rôless’inversent et les élégantes se cachent derrière un loup pours’offrir une autre vie, les personnages changent de rôles et depositions : la femmede chambre devient comédienne, le directeur de prison est une sorted’agent d’artistes qui pourrait la recruter, et le comte finithumilié. Il y a plus de dix ans, il avait mené la danse avec unefarce, mais il est à son tour piégé, son « ami » Falkel’avait mis en garde : « Tuas ruiné ma carrière, j’ai dû quitter Montpellier ! – Lepublic rit– Je t’ai préparé quelque chose pour ce soir. (…) Nous verronsbien qui gagnera le prix de la meilleure farce. »Pourtant, la fête avait si bien commencé : « S’amuser,s’amuser ! »,chantait le Chœur…

Lejeu des chanteurs-comédiens de LaChauve-Sourisest de haut niveau, ils chantent, ils dansent, ils jouent, il y atoute une dynamique avec de nombreux effets comiques. Il s’agitd’une opérette très difficile à chanter, tous les grandschanteurs d’opéra l’ont interprétée. Les chants en allemanddans l’œuvre initiale sont en français, et les textes ont étéréécrits avec de nombreux clins d’œil contemporains. Lesréférences musicales très élargies viennent du classique, ducinéma et aussi de l’univers enfantin. Les spectateurs sontsouvent interpellés par des comédiens qui surgissent parmi eux. Lamise en scène conçue d’écrans-miroir dénonce l’hypocrisiedes mœurs ; nous sommes invités à un bal des apparences, onvoit même une dame avec une bouche énorme en plastique qu’ellefinit par perdre : la chirurgie et ses illusions ! SiLaChauve-Sourisa été composée en 1874, cette satire reste actuelle.L’œuvre fait partie de la nouvelle saison de l’Opéra Orchestrenational de Montpellier, elle sera interprétée par l’OpéraJunior. Nous retrouverons une mise en scène de Benoît Bénichou età la direction, Jérôme Pillement. Ce chef d’orchestre a fondéle Festival Folies d’O, il y a onze ans, un rendez-vous estivaldevenu incontournable.

FatmaAlilate

LaChauve-Sourisde Johann Strauss Fils

Amphithéâtredu Domaine d’O – Montpellier

Opéretteen trois actes créée à Vienne, au Theater an der Wien, le 5 avril1874

Livretde Carl Haffner et Richard Genée d’après LeRéveillon d’HenriMeilhac et Ludovic Halévy

Directionmusicale JérômePillement

Collectif1B2P/TragédieMonstre : Miseen scène, Costumes BenoîtBénichou; Scenographie AmélieKiritzé-Topor ; LumièresThomasCosterg; Assistante Mise en scène, Mouvement AnneLopez

Avec : Gabrielvon Eisenstein, rentier ArmandoNoguera ; Rosalinde,sa femme DianaAxentii ; Adèle,sa femme de chambre MélanieBoisvert ; Falke,notaire NicolasRivenq ; Alfred,professeur de chant MarcLarcher ; PrinceOrlofsky GuilhemTerrail ; Frank,directeur de la prison LionelPeintre ;Blind,avocat CharlesAlves da Cruz ;Ida,sœur d’Adèle VéroniqueParize ;Frosch,gardien de prison SylvèreSantin

Chœurde l’Opéra national Montpellier Occitanie, directionNoëlleGény

Orchestrenational Montpellier Occitanie

Nouvelleproduction version française – Coproduction Folies lyriques, Opéranational Montpellier Occitanie

www.folieslyriques.com

Galerie Photos

A Propos de Fatma Alilate