24 juillet 2018 à 16h34 Issé, la renaissance d’un opéra oublié au Festival Radio France par Fatma Alilate

Issé, la renaissance d’un opéra oublié au Festival Radio France

 

J’ose dire au surplus avec vérité, qu’à l’exception de Paris, il n’y a nul endroit où l’on exécute mieux qu’ici… Issé, et que vous seriez un peu édifié de me voir parfois battre la mesure et donner les mouvements avec la fameuse canne de Lully. (…) J’ai des raisons particulières à soutenir les beautés d’Issé, que j’ai le premier senties et publiées ; car je compte que vous n’avez pas oublié, que je fus votre conducteur à Fontainebleau, quand le Roi l’entendit.

Lettre du Prince Antoine de Grimaldi à André Cardinal Destouches – Monaco, 6 décembre 1729

 

Issé d’André Cardinal Destouches (1672-1749) est un opéra baroque tombé dans l’oubli. Cette « pastorale héroïque » est un style d’opéra français qui réunit tragique et comique ainsi que quelques scènes pastorales. André Cardinal Destouches a composé Issé à l’âge de vingt-cinq ans, il s’agit de son premier opéra. Il a été présenté à Louis XIV, à Fontainebleau, en 1697. Le Roi affirma que « depuis Lully aucune musique ne lui avait fait plus plaisir ». Issé est l’un des plus grands succès de son temps, repris un grand nombre de fois jusqu’en 1797. L’ensemble Les Surprises sous la direction de Louis-Noël Bestion de Camboulas a réalisé la recréation de l’œuvre. Issé a été proposé au Festival Radio France en version de concert, après un considérable travail de recherche sur les sources de l’œuvre en partenariat avec le Centre de Musique Baroque de Versailles.

 

 

Un opéra récréé

Louis-Noël Bestion de Camboulas permet avec son ensemble Les Surprises la redécouverte du répertoire français de la fin du XVIIe au XVIIIe siècle. Ce travail s’inscrit sur plusieurs années par l’étude de fonds de la musique ancienne : « Je m’informe, je cherche de nouvelles musiques et puis une œuvre accroche notre intérêt. (…) Même si des œuvres instrumentales et lyriques ont été rejouées, il en reste beaucoup. »1 Lorsqu’une œuvre est choisie, il faut également choisir une version, commence ensuite un travail de réécriture laborieux. Issé a été composé en 1697, dix ans après la mort de Lully, c’est la version de 1724 qui a été retenue. L’interprétation musicale est bien sûr réalisée sur instruments anciens : viole de gambe, théorbes, hautbois… La nymphe Issé est amoureuse d’Appolon qui a les traits d’un berger, Hylas est l’amant éconduit. Pan – hautbois et basson – est un personnage joyeux. Louis-Noël Bestion de Camboulas commence par son rôle de chef d’orchestre, il alterne par la suite avec le clavecin. Issé, dans une longue robe marine, arrive sur la scène de l’Opéra Comédie, son allure est grave, son visage expressif. Tout au long de la représentation, la musique et le chant sont d’un niveau très exigeant. Issé se caractérise notamment par le passage de la Sarabande qui a marqué les danseurs, on parlait de la « Sarabande d’Issé ». L’Acte IV – partie du Sommeil – est très développé : apparition d’un chœur du Sommeil qui vient apaiser Issé. Cette œuvre signée d’un compositeur méconnu s’inscrit dans la lignée de Lully.

 

 

Un compositeur méconnu, ancien mousquetaire

André Cardinal Destouches occupe une période charnière entre Lully (1632-1687) et Rameau (1683-1764) ; entre ces deux grands du baroque de nombreux compositeurs ont été oubliés. Destouches a été capable dès son premier opéra de s’inscrire dans la continuité de Lully. Ce qui est étonnant, c’est que le compositeur parviendra à proposer un langage, un style qui devance Rameau : « Un peu plus tard, il y a des apparitions de nouvelles couleurs, de nouvelles écritures et instrumentalisations qui annoncent des éléments thématiques de Rameau. » Pour Issé, le chef d’orchestre apprécie l’utilisation des instruments à vent. Le corpus de Destouches est essentiellement composé d’opéras, seules deux cantates ont été retrouvées. En raison de ce choix d’ouvrages, il y a moins de possibilité de diffuser Destouches, car la représentation d’un opéra reste coûteuse. Le musicien qui était au départ mousquetaire a connu une vie rocambolesque : « Après un voyage diplomatique au Siam, il entre chez les mousquetaires du Roi et se distingue notamment au côté de Louis XIV au siège de Namur. Il s’y découvre une passion pour la musique, et fait la connaissance d’Antoine Grimaldi, futur prince de Monaco. » C’est le prince avec qui il lia une grande amitié qui lui permit de présenter Issé à la Cour de Fontainebleau. L’opéra devint un énorme succès, avant de tomber dans l’oubli.

 

 

Cet opéra baroque est une réussite par sa qualité musicale et lyrique, et il a bénéficié d’un travail de reconstitution exceptionnel. Issé avait beaucoup plu à Louis XIV, les déclarations enflammées devaient faire écho à ses nombreuses conquêtes : « Je suis l’amour quand je vous fuis. ; Rendez-vous à mes feux ! » La finesse de l’orchestration est remarquable, tout comme la distribution vocale. La musique est interprétée avec application et passion. Le bruitage est impressionnant. Joël Grare change d’instruments pour s’adapter et accompagner le récit et la musique descriptive. A la fin de l’opéra, des spectateurs sont allés questionner ce percussionniste très inventif. Il rangeait ses instruments, les nommait et échangeait sur leurs origines. Son album Paris – Istanbul – Shangaï est d’une grande qualité sonore.

Issé était un beau spectacle et ce n’est pas simple de jouer Destouches. L’opéra sera à l’affiche de l’Opéra Royal de Versailles en octobre, il y aura l’enregistrement d’un disque qui sera édité en 2019. On aurait souhaité y être…

Fatma Alilate

Notes 1 : Conférence du mercredi 18 juillet avec Louis-Noël Bestion de Camboulas – Salle Molière, Montpellier

 

Issé

Opéra Comédie, Montpellier

Pastorale héroïque en 1 prologue et 3 actes (1697)

André Cardinal Destouches 1672-1749

Livret Antoine Houdar de La Motte

Création de la version de 1724

Version de concert

Chantal Santon, soprano – La première Hespéride

Eugénie Lefebvre, soprano – Une Hespéride

Martial Pauliat, haute-contre – Apollon (sous les traits du berger Philémon)

Etienne Bazola, baryton – Hercule et Hylas

Mathieu Lécroart, baryton – Jupiter et Pan

Stephen Collardelle, haute-contre – Un berger Le sommeil

Cécile Achille, soprano – Une dryade

David Witczak, basse-taille – Le grand prêtre

Amandine Trenc, soprano

Martin Candela, taille

Marcio Soares Holanda, haute-contre

Ensemble Les Surprises

Louis-Noël Bestion de Camboulas, clavecin et direction

Co-production Centre de Musique Baroque de Versailles / Office Artistique de la Région Nouvelle Aquitaine / Festival Baroque de Pontoise

Mercredi 18 juillet 2018

 

Programme Festival Radio France Occitanie Montpellier : www.lefestival.eu

Information, réservation : +33 (0)4 67 02 02 01

 

 

 

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